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La légende du bout de la vielle

Mis à jour : mai 15

Texte de Jean Paul Fortin et Gaston Fortin.


Dans un p'tit village de la Gaspésie, du nom de Cap-aux-os, d'aussi longtemps que je me souvienne, il y a une légende qui grava autant nos mémoires que le roc du BOUT DE LA VIELLE.


Sur la pointe du cap Gaspé vivait un homme du nom de Burty Corby. Un type bien solitaire que l'on voyait que très rarement au village. Son visage était sévère, sa conversation se limitait au strict minimum. Jadis, il était très enjoué et paraît même qu'il ne donnait pas sa place pour enflammer le violon durant les fêtes mais... la vie a voulu que pendant l'accouchement de leur premier enfant, son épouse trouva la mort, le laissant seul pour élever sa fille...

Beaucoup de gens essayèrent de lui apporter un peu de réconfort mais Burty était devenu de glace et s'isolait de plus en plus. Comme il était de religion anglicane dans un milieu catholique, avec le temps, il fut livré à lui même.

Avec les années, sa petite devint une belle jeune femme. Tout comme son père, elle était très solitaire mais son regard triste et angélique combiné à une chevelure de feu troublaient énormément l'imaginaire des jeunes hommes du village. Personne n'avait encore osé faire la court à Anne mais quelques un prenait parfois plaisir à l'observer sur le bout du cap lorsqu'elle semblait parler aux baleines qui passaient tout proche.

C'était vraiment bizarre, à quelques dizaines de pieds du rivage, la profondeur de la mer était tellement grande, que les cétacés s’amusaient avec elle sans que la jeune fille ait à se mettre le petit orteil à l'eau.

Un bon matin, l'une des baleines s'est prise dans un filet de pêcheur et Anne faisait les cents pas ne sachant que faire. Elle pleurait à chaude larme tant que, Roy Ferguson, un jeune pêcheur, fut attiré par ses sanglots. Il alla voir et aussitôt monta à bord de sa barge porter secours à l'énorme bête.

À toutes les fois qu'il s'approchait, la baleine secouait avec grand fracas rendant le sauvetage impossible. Anne lui cria de revenir la cherché et ainsi apaisa l'énorme cétacé et permit à Roy de couper le filet.

Anne fut très impressionnée par le courage de son nouvel ami qui avait même plongé dans une eau glacée pour réussir son sauvetage. Il grelotait et la belle rousse, lui passa la main doucement sur la joue en signe de remerciement. Du coup, Roy n'avait plus froid et cette été devint plein de soleil pour tous les deux.

Comme une trainé de poudre, il ne fallut pas longtemps avant que la rumeur au village laisse courir que la belle rousse avait complètement ensorcelée le brave Roy. En temps normal tous auraient été ravis, voir envieux, mais voilà, personne ne pouvait faire abstraction qu'ils étaient de religion différente et en ces temps, ce n'était pas un détail insignifiant. Le curé du village, un certain Marion, petit homme trapu au regard imposant, passa pour voir Burty. Avec son air suffisant et croyant être protéger par sa soutane, le mit fortement en garde contre cette union et lui ordonna de contrôler sa fille dans des termes non élogieux.

Burty n'était certainement pas plus favorable à cette aventure mais il ne permettrait certainement pas à personne de parler ainsi de ce qui comptait le plus pour lui. Il empoigna le curé et en le soulevant de terre lui dit avec rage: « Sache, corbeau de malheur que personne va laisser sous entendre que ma fille est de mauvaise vie. » Le curé avec son faux air autoritaire l'interrompt en lui disant: « Comment oses-tu t'attaquer ainsi au représentant de Dieu. » et Burty de l'interrompre en le fixant droit dans les yeux: « Sache qu'il y a bien longtemps que je ne crois plus en ton Dieu et que tu n'as qu'à faire un seul sous entendu encore, que je t'expédie droit en enfer. » L'abbé Marion perdit toute sa contenance et quitta les lieux sans rien ajouter.

Le dimanche suivant, en chaire, le curé fit une sortie contre la famille Corby. Il menaça d'excommunication quiconque entretiendrait des liens avec eux et plus précisément Roy Ferguson. Un grand silence se fit dans l'assemblé. Roy était démoli. La sentence semblait irrévocable. Il ne revit plus Anne... plus jamais.

L'automne venu, Roy du large pouvait voir la silhouette d'Anne debout qui regardait en sa direction. Un jour, tout devint blanc. La vague courte et cassante, signe du squawl le surprit. Tous deux comprirent que la mer avait décidé de mettre ainsi fin à leurs calvaires. Anne criait de toute ses forces pour que l'inévitable ne se produise mais bientôt, les flots se calmèrent et toute trace du pêcheur avait disparu.

Anne lentement entra dans les eaux, comme pour le rejoindre et dans un dernier adieu elle dit en sanglotant: « Pardon maman mais je dois le retrouver. »

Jamais le village ne fut autant consterné. Tous remettaient en question autant

l'intervention du prêtre que le choix de la jeune fille. Les gens sur la plage virent un remous s'approcher. Une baleine poussait sur le corps de la jeune fille pour ainsi la ramener sur la berge. Ses cheveux étaient devenus tout blanc. On aurait dit une vielle femme. En récupérant sa dépouille, sa main droite, rigide par la mort semblait pointée vers un endroit précis. Une femme regarda dans cette direction et s'exclama: « Regardez, le cap a changé... on dirait que son visage y ait gravé. »

Depuis ce jour, vu du large, il y a une sculpture dans le roc du cap Gaspé que tout le monde de la place appelle LE BOUT DE LA VIELLE.

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La Petite École de Forillon

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1826, boul. de Forillon

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